Yves Jeanmougin

Alger

  • Lieu :

    Friche Belle de Mai

  • Date :

    03/06 – 02/07

 

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Alger
© Yves Jeanmougin

Alger
© Yves Jeanmougin

Les photographies d’Alger d’Yves Jeanmougin ont été réalisées à deux moments : celles en noir et blanc en 2003, celles en couleurs en 2011-2012. Près d’une décennie les sépare et pourtant rien ne semble avoir changé. Depuis combien de temps Alger présente-elle ce mélange de splendeur cossue à la mode d’hier et de léger décati ? Alger et ses bars aux chromes impeccables sur lesquels veille un garçon hors d’âge, mais à la veste blanche toujours parfaite. Alger et ses terrasses d’où on contemple la mer. Rien pourtant d’une ville d’hier dans cette métropole dont les aménagements à prétention moderniste ont mal vieilli, comme partout, mais dont les habitants ne cessent d’investir l’espace. Le photographe, attentif à la cohabitation des générations, donne l’image d’une ville sillonnée de corps jeunes, sensuels. Adolescents et jeunes gens s’y adonnent à l’universelle passion du ballon rond, adoptant des allures de tifosi. Leurs aînés les regardent avec indulgence et profitent de la douceur des nuits pour palabrer aux terrasses des rues. Natif de Casablanca, habitant de Marseille, auteur de nombreuses séries sur le Maghreb, Yves Jeanmougin n’a aucun mal à se couler en ami dans un mode de vie qui est celui de toutes les grandes villes de mer du bassin méditerranéen. On n’oublie en effet jamais la mer, dans cette série algéroise. Elle donne son horizon à la ville qui descend vers elle, appelant à des embarquements qui sonnent comme des promesses plus que comme des exils. Dans la plénitude bleue de l’été, le ressac signe un ancrage méridional. Et quand souffle la bourrasque d’hiver, elle donne aux quais une saveur presque océane. Jeanmougin, qui est un grand nom du reportage, en dépasse ici les contraintes pour enregistrer, d’un oeil aussi aigu que complice, un certain art d’être au monde qui semble résister aux vents contraires de l’histoire.

Guillaume de Sardes

Né en 1944 à Casablanca, Yves Jeanmougin est installé à Marseille où il est artiste résident à la Friche la Belle de Mai. Il a débuté sa carrière de photographe auteur à l’agence Viva en 1973. Sa démarche est essentiellement portée vers l’humain : Innus au Canada, sous-prolétariat en France, enfants au travail à Naples, communautés de Marseille, Cité radieuse de Le Corbusier, lieux de mémoire en Algérie, villes de Casablanca et d’Alger, ancien camp d’internement et de déportation des Milles… Pendant dix ans (1990-1999), il collabore avec le chorégraphe François Verret, avec lequel il mène entre autres une démarche de terrain autour de lieux chargés d’histoire sociale. À partir de 1995, il aborde la vidéo et réalise plusieurs portraits traitant du monde du handicap : Tony, Thomas… En 1997, il renoue avec sa ville natale à l’occasion d’un projet collectif dédié à l’imaginaire de la ville blanche et lui consacre dès lors une place toute particulière dans son oeuvre. Ses travaux ont été publiés dans divers ouvrages, notamment aux éditions Métamorphoses, auxquelles son atelier est étroitement lié. Il travaille actuellement sur des projets concernant les héritages politiques et culturels : mémoire historique de l’Europe et parcours migratoires et identitaires.

L’exposition a été réalisée par Métamorphoses avec le soutien du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur et du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, ainsi qu’avec le concours de la Friche la Belle de Mai, de Leica Camera et de l’Institut français d’Alger.

Les autres photographes

 

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