Sirine Fattouh

Images du dessaisissement

  • Lieu :

    Friche La Belle de Mai

  • Date :

    17/05 – 13/08

 

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Images du dessaisissement
© Sirine Fattouh

Images du dessaisissement
© Sirine Fattouh

Au premier abord, les déambulations photographiques de Sirine Fattouh à travers Beyrouth, récompensées par le Prix Photomed-Institut français du Liban 2017*, pourraient sembler relever de l’« Urbex » : on pousse une porte disjointe, on se fraie un chemin à travers des gravats, on découvre une maison presque intacte, protégée par des persiennes closes depuis des années… Ce n’est toutefois nullement une ville « belle au bois dormant » que l’artiste entend faire connaître. Sa métropole est au contraire agitée d’un mouvement permanent, incohérent, de destruction et de reconstruction. Les engins de chantier qu’elle montre au travail, déblayant un terrain ou creusant des fondations, ont l’allure inquiétante d’insectes affamés dévorant la ville. Beyrouth, sous l’objectif de Sirine Fattouh, est ainsi une capitale des contrastes. Vue de loin, elle présente une skyline presque canonique, interrompue seulement par une grue à l’horizon. Lorsqu’on se rapproche, rue par rue, parcelle par parcelle, c’est en revanche l’impression de chaos qui domine. La photographe met en évidence l’absence de tout plan directeur, qui suscite les rapprochements les plus absurdes. Tout contre des éléments d’architecture vernaculaire sauvés de la guerre, avec leur élévation plus raisonnable, leurs couleurs plus chaudes, s’élèvent des tours aussi glacées que le béton dont elles sont faites. Une orthogonalité brutale part à l’assaut d’un ciel pourtant hospitalier, encore renforcée par les prétentions à l’originalité des architectes, qui durcissent les lignes au lieu de les alléger. L’imprévisible n’est réintroduit que par le végétal, dont les clichés de Fattouh mettent en valeur l’envahissante énergie, jusque dans les recoins les plus inattendus. Face à l’échec de ses compatriotes à relever une ville à taille humaine, l’artiste laisse en somme entendre que la seule alternative à une fuite en avant sur le modèle américain ou monégasque relève de l’anté-humain : l’arbre, rival ironique de la tour, ou, au fond d’une petite crique, telle grotte presque matricielle trouant le socle géologique et laissant pénétrer en sous-oeuvre l’énergie révolutionnaire du rêve..
Guillaume de Sardes

Sirine Fattouh est née à Beyrouth en 1980. Elle vit actuellement à Paris, où elle a obtenu son DNSEP (Diplôme national supérieur d’expression plastique) de l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris Cergy en 2006. C’est au cours d’un échange avec l’ALBA (Académie Libanaise des Beaux-Arts) survenu en 2005 qu’elle réalise ses premières vidéos. Ses oeuvres ont été exposées depuis en France et au Liban, lors de l’événement Jeune création (La Villette, 2008), au Centre Culturel Français de Beyrouth, à la galerie Michel Journiac (2009), au Beirut Art Center (2009) à la Biennale d’art contemporain de Bourges (2010). Également doctorante en Arts Plastiques et Sciences de l’art à l’Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), Sirine Fattouh y enseigne les Arts Plastiques depuis 2005 et est affiliée au Centre d’Études et de Recherches en Arts Plastiques, le CÉRAP.

Prix Photomed Institut français du Liban 2017

Ce Prix est décerné chaque année à un photographe libanais vivant au Liban. Les précédant lauréats étaient Serge Najjar (2014), Karim Sakr (2015) Bilal Tarabey (2016). En 2017, le jury était composé de Richard Dumas, Philippe Heullant, Éric Lebas et Guillaume de Sardes.

Les autres photographes

 

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