Hicham Gardaf

Tanger

  • Lieu :

      Friche Belle de Mai

  • Date :

      05/07 – 13/08

 

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Série «Tanger»
© Hicham Gardaf

Série «Tanger»
© Hicham Gardaf

Peu de villes ont comme Tanger mobilisé l’imaginaire des écrivains. Ainsi Paul Bowles notet- il dans ses Mémoires d’un nomade : « Tanger me frappa comme étant une ville de rêve, riche de scènes typiquement oniriques. » C’est bien ce Tanger-là qu’a photographié Hicham Gardaf. Il y a dans les images du jeune artiste marocain une qualité de silence, une étrangeté qui évoquent le songe : une fillette vêtue d’une robe bleu-gris mouillée, couleur de ciel, et d’un gilet rouge se tient devant un tas de gravats sur lequel est planté un improbable parasol rose tendre. Sa légère voussure dénote une concentration, peut-être une crainte. Mais qu’observe-t-elle ? On se le demande. Dans un café aux murs vert opaline un homme assis, moustache fine et dos très droit, regarde vers une fenêtre par où le soleil passe. Là encore le sens exact de la scène nous échappe.

 

Sur ces deux images, comme sur bien d’autres, l’atmosphère rappelle celle des meilleurs tableaux de Hopper. Le temps semble suspendu et toute action écartée au profit de l’intériorité. Cette proximité avec le peintre américain se retrouve dans le traitement de la lumière, le sens de la couleur et un goût manifeste pour les compositions sobres, où un seul personnage apparaît dans un environnement quiet. Les images d’Hicham Gardaf ressortissent ainsi à ce qu’on appelle la « photographie-tableau », un genre issu de la peinture figurative occidentale du XIXe siècle. Elles s’en démarquent cependant par l’absence de drame ou d’hyperbole visuels. Dénuées de théâtralité, elles tendent vers le neutre, se prêtant à de multiples interprétations, ou même vers l’abstraction. Paul Bowles aurait dit qu’elles incitent à la rêverie.

 
 
Guillaume de Sardes
 
 
Photographe marocain, né en 1989 à Tanger où il vit et travaille. Développant une curiosité pour les choses du passé, il s’est très tôt plongé dans les albums de famille, cherchant à cerner les émotions de ces êtres figés sur le papier jauni qui faisaient partie de sa famille. Hicham Gardaf s’applique à photographier en noir et blanc, des photos sombres et contrastées, clin d’oeil à sa ville, Tanger, empreintes poétiques d’un univers qui lui est tellement familier qu’il en traque plutôt le détail d’un instant, une atmosphère particulière. La force de l’ombre, le mouvement du vent, le regard perdu d’un enfant… Une errance de jeune homme réservé et discret qui s’enhardit soudain dans le flash implacable de ses visions. Un instant Rimbaldien, un instant Proustien, Hicham cherche sa voie… Il se faufile avec entêtement dans des mondes clos ou vertigineux… Il guette l’outrage du temps ou la douceur…
 
 

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