Antoine D’Agata

Atlas

  • Lieu :

    Frac PACA

  • Date :

    01/07 – 13/08

 

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Atlas © Antoine D’Agata

Atlas © Antoine D’Agata

C’est à Marseille, ville matricielle, où il est né en 1961, qu’Antoine D’Agata a commencé la photographie. C’était dans les années 90. Certains clichés réalisés à ce moment-là ont été réunis dans un de ses premiers livres, Home Town. Les photographies sont en noir et blanc. Elles parlent d’errance, de sexe et de drogue – de franchissement des lignes. La ligne de la bonne conduite et des usages tracée par la société, mais surtout celle séparant ordinairement le photographe de son sujet. Antoine D’Agata dit « avoir cherché à vivre avec ceux que jusque-là la photographie s’était contentée de voir. » Quinze ans plus tard, en 2014, il réalise Atlas, un film de 76 mn, consacré à des prostituées du monde entier, figures post-modernes de pietà hésitant entre l’extase et la souffrance. Là encore des limites sont franchies : celles propres au médium photographique. Les cadres sont fixes, mais la vidéo permet d’enregistrer le mouvement et surtout les voix. Des voix dans toutes les langues, qui donnent à Atlas une dimension universelle, des témoignages d’une beauté trouble et déchirante. Ce film est évoqué ici sous la forme d’une série de photogrammes. Présenter ces derniers parallèlement aux premières images permet de rendre compte de l’évolution d’un style : l’abandon du noir et blanc et du flou au profit de la couleur et de la netteté. Rapprocher en une même exposition ces deux travaux distants de plus de quinze ans est aussi une manière de souligner en creux l’itinéraire artistique d’Antoine D’Agata : « Dans ma jeunesse, j’ai passé un nombre incalculable de nuits dans les rues ; et les rues ont fini par moins m’intéresser. Je suis allé dans les bars et dans les chambres ; l’espace s’est peu à peu resserré. Puis je me suis concentré sur les corps. Et, de l’acte sexuel, je suis passé à ces quelques secondes au cours desquelles le visage se tend. Avec Atlas, j’ai cherché à passer à autre chose sans me trahir. La découverte de la fonction vidéo de mon appareil photo m’y a aidé en m’ouvrant des espaces nouveaux. » De la photographie de rue, donc, à la vidéo d’art. Mais si les moyens plastiques et les intentions ont pu changer, l’oeuvre d’Antoine D’Agata au fil des années repose sans cesse la même question : celle du rapport impur entre document et intimité.

Guillaume de Sardes

Né en 1961 à Marseille. Il quitte la France en 1983 et, pendant dix ans, vit à l’étranger. En 1990, il s’initie à la photographie à l’ICP à New York, avec Larry Clark, Nan Goldin… En 1991 et 1992, il est assistant au Bureau éditorial de l’agence Magnum à New York. Il retourne en France en 1993 et cesse toute activité photographique jusqu’en 1996. En 1998, son premier livre est publié : De mala muerte. La Galerie VU’ représente son travail à partir de 1999. Il reçoit le Prix Niépce en 2001. Il rejoint l’Agence Magnum Photos en 2004 et tourne Le Ventre du Monde, premier court-métrage vidéo. Il vit et travaille à Paris.

 

« Une photographie se définit à travers et au sein même de l’acte où elle naît. Le geste photographique devient l’équivalent de l’acte perceptif lui-même. Par la transgression de la frontière séparant ordinairement le photographe de son sujet, je suis devenu l’objet de mes images, acteur contraint de mon propre scénario. L’art ne peut exister dans un espace séparé de la vie. Mon projet photographique est une prise de conscience autobiographique. Je documente ce que je vis pendant que je le vis, dans l´impossibilité d´exister hors de la photographie qui s’est greffée sur mes peurs et mes désirs, et s’en nourrit comme d’une chair vivante. » (Antoine d’Agata)

Les autres photographes

 

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