Anne-Françoise Pélissier

Beyrouth ou le silence des dieux

  • Lieu :

    Friche Belle de Mai

  • Date :

    05/07 – 13/08

 

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Beyrouth ou le silence des dieux
© Anne-Françoise Pélissier

Beyrouth ou le silence des dieux
© Anne-Françoise Pélissier

Anne-Françoise Pélissier, familière de Beyrouth, a photographié la ville dès le milieu des années 1990, à un moment où le retrait des milices marquait la fin d’une longue guerre civile sur fond confessionnel. Ses images montrent avec force combien l’intensité visuelle n’a rien à voir avec le pathétique. Rien de plus serein en apparence que ce monde après la bataille. La mer est étale, suprêmement indifférente. Sur la rive déserte, quelques parasols depuis longtemps inutiles coupent l’horizon de leurs verticales dérisoires. Mêmes les navires sont à l’amarre. Le ciel est uniforme, lui aussi. Il n’a jamais paru plus vide. Le lendemain de la violence est le temps de l’indifférence des dieux. La mémoire des combats s’inscrit dans l’un des lieux les plus communs de l’image de guerre : un mur criblé d’impacts, dont l’enduit est tombé. Tout n’a pas été renversé ou détruit : une grande roue, souvenir des jours heureux, se voit de partout, immobile. Mais le riche patrimoine de l’une des plus belles capitales de la Méditerranée a payé un lourd tribut ; un pilastre de marbre renversé devient métonymie de toutes les villas éventrées ou anéanties. Sur le Beyrouth d’Anne-Françoise Pélissier flotte un extraordinaire silence – un silence de Samedi saint. La solitude la plus totale semble régner. Le béton, l’acier, le végétal aussi : tels sont les acteurs, disposés selon les lois austères de la géométrie. On pense aux grands murs nus de Lewis Baltz, avec moins de systématisme janséniste toutefois. Jusque dans l’absence des hommes, des regards, des voix, Pélissier garde vive une forme de vibration, comme dans ces lieux abandonnés où l’on a le sentiment étrange que quelqu’un vient de passer. Serait-ce un fantôme, sous une toile légère comme celle qui couvre les palais ? Un ouvrier endormi ? Ce monde rendu à lui-même mais non dénué de promesses est par excellence un monde poétique.

Guillaume de Sardes

Artiste, photographe indépendante, après une formation professionnelle à l’Ecole nationale supérieure Louis Lumière, Anne-Françoise Pélissier évolue perpétuellement dans un monde visuel pour aller au plus proche d’un certain esthétisme. Ses travaux concernent le reportage de société, l’urbanisme, l’architecture, l’identité et le life style, et sont diffusés par la presse européenne et internationale.

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