Alain Gualina

Dopo Eboli

  • Lieu :

    Villa Méditerranée

  • Date :

    17/05 – 13/08

 

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Monte San Angelo, les Pouilles
© Alain Gualina

Monte San Angelo,
les Pouilles
© Alain Gualina

Eboli est cette petite ville du Mezzogiorno dont Carlo Levi, qui avait été exilé dans la région par le fascisme, devait faire en un roman fameux le symbole de la grandeur et de la misère du Sud profond. Alain Gualina, qu’a toujours fasciné le rapport entre les sociétés et leur milieu, ne pouvait pas ignorer ces terres rudes « d’après Eboli ». Il en rend ce qui est le plus saisissant pour le voyageur : la blancheur intense, aveuglante, qui jaillit des maisons basses à escaliers extérieurs et de leurs murs chaulés. Mais cette blancheur est comme un rideau de théâtre, elle est animée, singulièrement par tout un petit monde enfantin, farceurs isolés ou ludions en bandes qui n’hésitent pas, eux, à affronter le chaud du jour. Plus sages, les mères et surtout les grand-mères se tiennent sur les seuils ou dans l’embrasure des portes. Les tenues sombres des vieilles femmes participent aux jeux d’ombres puissamment contrastés qui redessinent les bourgs, rencontrant à l’occasion des traces monumentales d’une splendeur passée, toujours un peu décaties et herbues. Tous les contrastes sont violents, au grand Midi. Le relief des Pouilles et de la Sicile tel que le montre Gualina est aigu, raviné. Les villages se nichent comme ils peuvent sur les sommets ou les flancs. Les cultures s’installent au gré du possible, jetant sur le paysage un tapis aux carreaux de couleurs ; les lignes sombres des arbres tracent les sutures ; un podere isolé, parfois, ponctue l’ensemble. On ne peut qu’être frappé par la qualité picturale de ces traversées photographiques réalisées au milieu des années 1970 : dans leur séduisante austérité fondée sur un noir et blanc intense, elles rappellent les fonds des tableaux du Trecento. Comme l’avait senti Emilio Sereni, le paysage italien ne saurait plus exister indépendamment de son double artistique. Ce n’est pas une raison, toutefois, pour réduire les habitants de ces terres pauvres au statut de figures d’animation. L’humanisme d’Alain Gualina sait leur restituer beauté et dignité.
Guillaume de Sardes

Lors des premières années de mon parcours photographique et me revendiquant « auteur photographe », ma production était déjà axée sur les rapports que nous entretenons avec notre environnement et ce principalement autour du bassin méditerranéen. Mon travail était exposé en galerie, principalement en Italie et en France. Puis de 1978 à 1998, une « cassure » je range mon matériel et j’utilise un Polaroid pour quelques rares images. Après cette très longue pause, à la fin des années 90, j’entamais un projet photographique qui s’inscrivait dans la problématique de l’eau. Ce projet se ponctuait en 2007 par un ouvrage : Éloge de l’Eau. Cet ouvrage est un manifeste photographique qui rend hommage à l’Eau et aux Femmes, en évoquant la fragilité de la ressource et les difficultés pour y avoir accès, en partant du constat que les inégalités se perpétuent et que l’homme occidental a perdu le contact originel avec la nature. Aujourd’hui, au travers de ma démarche artistique et alors que mes pérégrinations me ramènent bien souvent encore, sur les rives de la Méditerranée, j’essaie de restituer la fragilité des lieux, dans un temps où il semble que les choses ont cessé de nous être proches et intelligibles.

Les autres photographes

 

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