Stéphane Zaubitzer

Cinés-monde

  • Lieu:

    Galerie Barthélémy de Don

  • Horaires:

    Ouverte tous les jours de 11h à 19h sauf le lundi

 

trait_rouge

Stephan Zaubitzer n’est pas un voleur d’images : son dispositif ne le lui permet pas. Parmi les derniers, il photographie en effet à la chambre sur pied, la tête cachée par le grand voile des appareils d’antan. « Cérémonial », dit-il – qui répond admirablement au cérémonial que l’on célébra, ou que l’on célèbre encore un peu, dans les lieux qu’il documente. D’un bout du monde à l’autre, le photographe rassemble une étonnante collection de ces sanctuaires profanes du samedi soir que sont les salles de cinéma. Il n’est pas nécessaire d’être bien vieux pour se souvenir des séances… du siècle dernier ! En franchissant la porte, on entrait dans un lieu un peu féérique, avec ses figures (l’ouvreuse), ses rituels (les actualités, l’entracte) puis, quand on était assez préparé, l’irruption de musiques aussi kitsch qu’inoubliables (les balalaïkas du Docteur Jivago !) et la magie du rai de lumière chargé de rêves venant du saint-des- saints où officiait, invisible, le projectionniste. Certains de ces cinémas, au Maroc ou en Égypte, ont passé les décennies et accueillent toujours les passants en quête d’oubli et d’ailleurs. Les plus beaux jouent sur le modèle du théâtre à l’italienne ou réinterprètent, dans une optique qui fut moderniste, les motifs de l’art déco. D’autres font avec moins de lustre. Et combien ont définitivement fermé leur grille ! Au fil des rues, des façades aveugles où se balance encore une enseigne chargée d’un nom exotique (Rex, Alcazar, Rialto, etc.) sont les dernières traces d’une cinéphilie de quartier remplacée par les écrans domestiques. Mais nul besoin, dans la douceur des soirs d’Orient, de murs et de toits pour communier dans un moment d’aventure ou de passion : Stephan Zaubitzer donne aussi à voir des salles en plein air qui ne requièrent qu’un grand mur blanc et quelques sièges. On oscille ainsi, à le suivre, entre la nostalgie d’un temps passé et la jeunesse toujours vive et rieuse du plus universel des arts, auquel il était bien normal que la photographie, sa grande sœur, rendît un hommage affectueux.

Guillaume de Sardes

Les autres photographes

 

trait_rouge