Hans Silvester

Pétanque

  • Lieu:

    Devant la mairie

  • Horaires:

    Accès permanent

 

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Vieux d’un demi-siècle, les clichés d’Hans Silvester nous ramènent à une France devenue presque aussi mythique que les premiers lms écrits par Michel Audiard, un monde en noir et blanc, une société de l’entre soi où les hommes mûrs portaient tous le béret ou la casquette vissée sur le crâne et où l’on pouvait exhiber son paquet de Gauloises caporal sans risquer l’amende : la France de Pagnol et de Raimu, en somme. À l’orée des Trente glorieuses, que font donc tous ces hommes (cherchez les femmes dans ces photos !), à l’heure où le soleil décline? Ils jouent à la pétanque. Et comme le savent les enfants au maillot et les vieillards chenus, rien de plus sérieux que le jeu. D’autant qu’il ne s’agit ici ni seulement ni d’abord des aventures peu passionnantes de boules et de cochonnets. Tous sont là pour pratiquer un rituel social des plus théâtralisés, qui se prête donc particulièrement à la sollicitation du photographe curieux. Il y faut un décor, place ou cours sablé, des rangées de vieux platanes et – le plus indispensable – un café en fond de scène. Les héros de la pièce s’y meuvent selon des règles précises qui, pour les plus virtuoses, con nent à la chorégraphie, voire à l’envol. Même les ancêtres à canne et mégot, au moment de tirer ou de pointer, placent leur main d’une façon étonnamment queer, comme feraient Cocteau ou Callas. Autour d’eux, dans le rôle du chœur de tragédie, un public attentif, encore intergénérationnel en ces années où « les jeunes» ne s’étaient pas tout à fait structurés en monde à part. Et ce public parle, commente. C’est bien cela qui compte, sur l’agora minuscule où l’on ne débat plus du destin de la cité mais de traces sur le sable : lever la main et la voix, mobiliser l’épithète, rameuter les vocatifs… Stratégie que tous ces mots: l’exubérance est un masque, et les sociétés méditerranéennes sont au fond très fermées, une fois que l’on est passé du forum à la domus. Il y a beaucoup d’Aristophane, bien sûr, dans les photographies provençales d’Hans Silvester. Mais, à y bien regarder, on y trouve un peu de Sophocle aussi.

Guillaume de Sardes

Les autres photographes

 

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