Dolorès Marat

Palmyre

  • Lieu:

    Galerie Barthélémy de Don

  • Horaires:

    Ouverte tous les jours de 11h à 19h sauf le lundi

 

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C’est en 2005 que Dolorès Marat s’est rendue à Palmyre, en Syrie. On pouvait alors y voir ce que nul ne verra plus : les vestiges de la grande cité antique, la splendeur monumentale de «l’empire gréco-romain» au cœur du désert. Dans un récent essai, écrit sous le coup de l’émotion, Paul Veyne a évoqué le prestige, la beauté, et aussi la leçon de Palmyre. S’interrogeant sur ce que signi ait adopter le modèle hellénistique à la fois si près et si loin des marbres de l’Égée, le grand historien écrit que «s’helléniser, c’était rester soi-même en devenant soi-même». L’altérité culturelle comme ouverture à l’universel, et ainsi comme respiration plus large et plus pure pour l’esprit : tout un horizon de lumière et de Lumières que le sanglant XXIe siècle met chaque jour à mal, et dont Palmyre demeurera un douloureux symbole.

À sa manière, Dolorès Marat s’inscrit aussi dans la tradition du «grand siècle – je veux dire le XVIIIe » (Michelet). Son travail si délicat rappelle, par certains côtés, la peinture de ruines alors en vogue. Avec beaucoup de sensibilité et de subtilité, elle met en dialogue les frontons éboulés, les gures à demi effacées, et la pierre ravinée des dé lés désertiques, brouillant les frontières entre action humaine et travail de la nature. Toutefois, on n’a guère, à regarder ses images, l’impression de «douce mélancolie» qui ravissait Diderot au Salon. Les ciels plombés sous lesquels Dolorès Marat a saisi Palmyre, ajoutés à l’absence de gures humaines, laissent une impression d’inquiétude. On a le sentiment que, des deux valeurs attachées à la ruine, la mémoire et l’anticipation, elle a plutôt retenu la seconde, conduisant ainsi le spectateur, davantage qu’à une rêverie sur le sublime, vers un memento mori. Déserte aujourd’hui la capitale d’antan : toi qui es ce qu’elle fut, tu seras ce qu’elle est devenue…

Palmyre, sous l’objectif de Dolorès Marat, est une vanité à l’échelle monumentale plus qu’un locus amoenus. Le fait que l’histoire récente ait donné raison à quelque chose qui était peut-être de l’ordre du pressentiment ne fait qu’ajouter à la puissance d’émotion de ces belles images pleines de solitude et de silence.

Guillaume de Sardes

Les autres photographes

 

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